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Edizione di Domenica 27 Maggio 2012
Le coppie gay e lesbiche in Francia e la loro domanda di riconoscimento legale. Di Philippe AdamPhilippe AdamPhilippe Adam
Le coppie gay e lesbiche in Francia e la loro domanda di riconoscimento legale. Di Philippe AdamPhilippe AdamPhilippe Adam
Pubblichiamo la relazione del sociologo francese svolta al convegno di Pisa sulle famiglie di fatto organizzato dal Ministero per le Pari Opportunità nello scorso ottobre
Giovedì 18 Novembre 1999
di Franco Grillini
in Vita di coppia

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Philippe Adam, sociologue

Centre Européen du Sida, France

p.adam@ceses.org







Les couples gays et lesbiens en France et leur demande

de reconnaissance légale : un regard sociologique





Après plusieurs années de débat public, l’Assemblée nationale française a récemment adopté la loi sur le Pacte civil de solidarité (PACS) pouvant lier entre elles deux personnes, qu’elles soient ou non de même sexe, afin qu’elles puissent organiser leur vie commune. Mon propos sera de présenter quelques données sociologiques sur la réalité des couples gays et lesbiens en France permettant de recadrer le débat sur le PACS.



J’aborderai trois thèmes successivement. 1) Je montrerai d'abord que la loi sur le PACS entérine les profondes évolutions survenues dans les modes de vie homosexuels au cours des vingt dernières années, évolutions qui ont conduit cette population à développer un intérêt croissant pour la conjugalité. 2) Je présenterai ensuite quelques données montrant la place désormais incontournable du couple dans les modes de vie homosexuels et qui permettent de mieux en approcher la réalité. 3) Enfin, j'essaierai d'évaluer dans quelle mesure la loi sur le PACS pourra répondre aux attentes de la population homosexuelle et à la spécificité de ses modes de vie.



Avant d’aborder ces différents points, je présenterai très rapidement l’enquête sur laquelle se fonde mon analyse. Mise en place en 1985 par le sociologue Michael Pollak, aujourd’hui décédé, avec l’aide de Marie Ange Schiltz, l’Enquête presse gay est une enquête périodique qui utilise la presse homosexuelle française pour interroger les homosexuels sur leurs modes de vie et leur gestion des risques liés au sida. Depuis 1997, je suis responsable de cette enquête au Centre Européen du Sida situé près de Paris. A l’automne 1997, grâce à la collaboration de neuf journaux homosexuels (certains étaient des journaux d'information, d'autres des revues érotiques), un questionnaire de quatre pages a été diffusé à environ 100 000 exemplaires. L'enquête constitue la principale source de données sur la population homosexuelle française : en effet, en 1997, 3311 hommes et 158 femmes ont répondu à l'enquête. L'âge moyen des 3311 hommes ayant répondu à l’enquête est de 32 ans. 40% des hommes résident à Paris et en région parisienne, 41% ont fait des études universitaires. La plupart des hommes (88 %) se définissent eux-mêmes comme homosexuels . Par rapport aux hommes, les femmes sont plus jeunes, plus éduquées et plus souvent bisexuelles.



1. Du droit à la liberté sexuelle aux revendications actuelles en faveur d’une reconnaissance légale du couple homosexuel



Je commencerai cette présentation par un regard socio-historique sur l'évolution des modes de vie homosexuels. En effet, pour comprendre les revendications autour du PACS, revendications qui s'expliquent par la place détenue aujourd’hui par le couple dans les modes de vie homosexuels, il faut d’abord prendre en compte la façon dont les idéaux homosexuels ont changé au cours des vingt dernières années. Durant les années 1970, l’idéal de vie des homosexuels masculins n’était pas articulé autour de la conjugalité mais de la multiplication des rencontres sexuelles anonymes. En 1981, le sociologue français Michael Pollak avait comparé le fonctionnement de la sexualité homosexuelle à la participation à un “marché sexuel” où s’effectuaient des trocs "orgasme contre orgasme". Dans cet univers où les règles de conduite préviennent le développement de liens sociaux ou affectif, l’objectif principal des participants était la recherche du plaisir induit par la multiplication des rencontres anonymes.



Aujourd’hui, ce modèle d’appréhension de l’homosexualité masculine est dépassé. En effet, il n’est plus possible de considérer l'engagement dans un mode de vie centré sur le multipartenariat comme le destin le plus commun. Dans l’enquête 1997, un quart (23%) des répondants disaient "ne pas être intéressés par la drague", la moitié (54%) disaient "y recourir de temps en temps" et le dernier quart (24%) seulement déclaraient “ ne pas pouvoir se passer de la drague ”. On voit donc que les hommes qui organisent leur existence autour du multipartenariat sont aujourd’hui minoritaires parmi les gays.



Ce désinvestissement vis-à-vis de la multiplication des rencontres sexuelles anonymes pourrait d’abord tenir à l’épidémie de sida. Durant les années 1980, de nombreux homosexuels masculins ont en effet réduit le nombre de leurs partenaires sexuels afin de gérer le risque de contamination par le VIH. Il semble cependant que l’épidémie de sida n’explique pas tout. Les modifications dans les modes de vie gays et lesbiens doivent également être rapportées à l'évolution du climat de tolérance à l'égard de l'homosexualité. Même si elle est encore très imparfaite, la tolérance de la population générale à l’égard de l’homosexualité a fortement augmenté au cours des dernières années. Ce nouveau contexte rend plus facile le fait de vivre une sexualité différente et favorise également l’engagement dans des relations stables et des projets de vie en commun entre partenaires de même sexe. Les idéaux de liberté sexuelle qui prévalaient dans les années 1970 ont donc été remplacés par un nouvel idéal celui du "bonheur domestique" organisé autour du couple.



C’est la prégnance actuelle de l’idéal du couple (qu’il soit réalisé ou non) qui explique les revendications actuelles de la population homosexuelle en faveur de la reconnaissance légale des unions entre partenaires de même sexe. Je vais vous donner quelques chiffres sur l'importance accordée par les gays aux différents thèmes constitutifs du dossier du PACS.

A l’automne 1997, 76% des hommes et 88% des femmes ayant répondu à l’enquête déclaraient accorder “beaucoup d'importance” à la reconnaissance légale du couple homosexuel. L'une des caractéristiques de la revendication en faveur du couple exprimée par les répondants de l'enquête 1997 est qu'elle est très largement partagée quelque soit le profil socio-démographique des individus. On constate simplement que les générations les plus jeunes s’investissent plus dans cette revendication, ce qui suggère que l’engouement pour la conjugalité est bien lié à une modification de contexte macrosocial qui change la façon de vivre l'homosexualité.



Le thème du droit à l’héritage mobilisait également les répondants de façon importante : les trois quart environ des répondants (78% des femmes, 72% des hommes) déclaraient accorder “beaucoup d'importance” à la possibilité d'héritage dans le couple homo.



La question de l’importance accordée à la possibilité légale d’adopter des enfants pour les homosexuels est quant à elle moins centrale pour nos répondants mais elle s’avère plus discriminante selon le sexe. Seuls 32% des hommes accordent "beaucoup d'importance" à la possibilité d'adopter des enfants. Avec un taux de 58%, les femmes y sont en revanche plus souvent favorables.



2. Quelques caractéristiques des relations stables homosexuelles



Après avoir dressé ce panorama montrant comment les changements dans les idéaux homosexuels avaient influencé les revendications collectives de la population gay et lesbienne, je présenterai les caractéristiques principales des relations stables homosexuelles. Je commencerai par les couples d’hommes et je reviendrai plus tard sur les différences entre les couples gays et les couples lesbiens.



Première question, quelle place les relations stables occupent-elles aujourd'hui dans les modes de vie gays ? En 1997, un peu plus de la moitié des hommes interrogés dans notre enquête ont un partenaire stable au moment où ils répondent. Mais il ne faudrait pas croire que la population homosexuelle est partagée dans ses attitudes face au couple et que la plupart des autres répondants sont des “ célibataires ” qui refusent le couple. Les données indiquent au contraire que les trois quarts des homosexuels célibataires recherchent un partenaire stable...



Si, avec l’augmentation de l’intérêt des gays pour la conjugalité, l’expérience de ces hommes s’est bien rapprochée au fil du temps de celle des hétérosexuels, des différences persistent néanmoins entre les unions homo et hétérosexuelles. En effet, au sein de la population homosexuelle, le fait de vivre en couple reste beaucoup moins fréquent qu’en population générale où ce sont les trois quarts des hétérosexuels masculins qui sont en couple.



Parmi les gays, il existe, selon le profil socio-démographique des individus de fortes différences, dans la situation face au couple. On observe d’abord des variations selon l’âge et la génération. Les très jeunes répondants débutent souvent par une sexualité anonyme, mais on constate qu’ils s’engagent très vite dans une relation stable. La proportion d’individus ayant un partenaire stable est maximale chez les 35-39 ans où elle dépasse les 60% .



Il faut également souligner des différences géographiques. En raison de l'attraction exercée par les grandes villes où ce concentre la vie gay, la répartition de la population homosexuelle sur le territoire national est très inégale. Dès lors les hommes qui résident dans les grandes villes trouvent beaucoup plus facilement des partenaires sexuels (qu’ils soient stables ou occasionnels) que ceux qui résident à la campagne.



Un autre phénomène marquant (et qui, à ma connaissance, n’a pas d’équivalent en population hétérosexuelle) tient à l’existence de fortes différences selon les milieux sociaux dans le fait d’avoir ou pas un partenaire stable. La proportion d’hommes ayant un partenaire stable augmente graduellement avec la position dans la hiérarchie sociale : seuls 39% des ouvriers ont un partenaire stable, contre 60% des “ cadres et professions intellectuelles supérieures ”. Plusieurs facteurs s’imbriquent pour expliquer cet écart de vingt points entre les deux positions extrêmes de l'échelle sociale. Dans la population gay comme en population hétérosexuelle , le niveau d'étude et l'âge d'entrée dans la sexualité modèlent les formes prises par l'expérience de la sexualité mais d'autres facteurs plus spécifiques entrent également en jeu : c'est le cas notamment de l'expérience de l'acceptation ou du rejet de l'homosexualité, expérience qui varie très fortement selon les milieux sociaux. A la différence des ouvriers, les cadres bénéficient dans leur entourage d'une meilleure acceptation de leur homosexualité et cette situation facilite leur installation dans un projet de couple. En revanche, dans la mesure où il vivent dans des univers moins tolérants à l’égard de l’homosexualité, les individus appartenant à des milieux plus modestes se cantonnent plus souvent à une sexualité anonyme. Pour eux, le fait d’avoir un partenaire stable, et plus encore de cohabiter avec lui, fait peser une menace, celle de dévoiler leur l’homosexualité. Ces résultats montrent donc parfaitement que si le couple est un idéal partagé aujourd’hui par la plupart des homosexuels, les chances de pouvoir réaliser cet idéal sont extrêmement variables selon les groupes : un nombre non négligeable d’homosexuels, notamment ceux des milieux les plus modestes, vivent des situations qui ne leur permettent pas encore de prétendre au “ bonheur domestique ”. Je crois qu’on peut véritablement parler d’inégalité sociale en ce domaine.



Attachons-nous à présent à décrire le contenu des relations stables entre hommes. Le premier point à souligner est que la notion de “ relation stable ” est une catégorie très hétérogène lorsqu’on l’applique à la population homosexuelle masculine. Je décrirai brièvement ce qu’elle recouvre en terme de durée de la relation, de fidélité entre les partenaires et de cohabitation.



On commencera par présenter la répartition des relations stables homosexuelles selon leur durée. Un quart des couples gays ont moins d'un an. La moitié ont plus de 2 ans et 9 mois. Un quart des couples ont plus de 6 ans et 4 mois. Si, comparées aux unions hétérosexuelles, les relations stables entre hommes ont souvent une durée moins importante, on voit cependant qu'il existe également dans la population gay une proportion non négligeable d'unions stabilisées sur le long terme. Parmi les répondants, deux hommes vivent d'ailleurs avec le même partenaire depuis plus de 55 ans, ce qui suggère que le fait d'être homosexuel n'induit pas à lui seul l'instabilité conjugale.



Les attitudes des couples gays face à la fidélité sont spécifiques. En population hétérosexuelle, la fidélité entre partenaires reste la norme, y compris dans couples non mariés qui vivent en "union libre". Ce n’est pas le cas parmi nos répondants homosexuels. Parmi ceux ayant un partenaire stable, seuls 42% n'ont pas eu d’autres partenaires au cours des douze derniers mois. Il faut cependant relativiser ces données en tenant compte du fait que de nombreux hommes en couple fidèle (ou peu intéressés par la drague) ne lisent pas la presse homosexuelle, si bien que notre échantillon surreprésente probablement les couples infidèles.



Reste à présent à aborder le thème central de la cohabitation. En population hétérosexuelle, la quasi totalité des personnes en couple cohabitent : seuls 7 à 8% des couples non mariés et 2 à 3% des couples mariés ne cohabitent pas. Parmi les homosexuels masculins déclarant un partenaire stable, seuls 60% cohabitent avec leur partenaire. Ce taux de cohabitation varie cependant très fortement selon la durée de la relation. Avec le temps la cohabitation augmente alors que la fidélité des partenaires décroît. Ce résultat montre bien que dans les couples les normes conjugales ne sont pas figées mais qu’elles se redéfinissent ou se renégocient au contraire avec le temps.



On observe d'autres différences dans les taux de cohabitation selon le lieu de résidence. Les gays vivant dans les grandes villes (et, plus encore, à Paris) cohabitent plus souvent avec un partenaire stable que les autres. La co-résidence apparaît en effet plus délicate dans une ville de taille réduite où le contrôle social demeure important.



Les homosexuels en couple cohabitant ne sont pas plus souvent fidèles que ceux qui ne cohabitent pas mais ils ont un nombre moins important de partenaires sexuels. Seuls 15% des répondants vivant en couple depuis une durée comprise entre deux et cinq ans disent "ne pas pouvoir se passer de la drague", ce qui suggère que même dans les couples gays, la liberté sexuelle n’est pas totale. Les hommes ayant une relation stable tempèrent souvent leur engagement dans la drague afin de gérer le risque de crise et de rupture conjugales. Le sens qu'ils accordent à la drague a également changé. Pour la plupart, le fait d'avoir "de temps en temps" des partenaires occasionnels ne correspond plus à un besoin de réalisation d’une “ identité homosexuelle ” dans le multi-partenariat mais prend un sens plus récréatif, un peu comme s'il relevait de la sphère du loisir.



Par rapport aux hommes qui n'ont pas de partenaire stable, ceux en couple ont plus souvent divulgué leur homosexualité à leur entourage et bénéficient d'une meilleure acceptation. Cette situation est encore plus favorable pour les hommes qui vivant en couple cohabitant : pour n'en donner qu'un exemple, 81% d'entre eux déclarent que leur mère connaît leur homosexualité. Ainsi, la plupart des homosexuels en couple cohabitant sont en mesure d’assumer leur inscription sur des listes de personnes “ pacsées ”.



La profession et le milieu social d'appartenance qu'elle permet d'appréhender interviennent également très fortement dans le fait de cohabiter ou pas. Certes, globalement, le taux d'individus cohabitant est plus important parmi les cadres que parmi les ouvriers mais ce phénomène est lié au fait que les cadres ont beaucoup plus souvent un partenaire stable que les ouvriers. Lorsqu'on annule cet écart en sélectionnant uniquement les hommes ayant un partenaire stable, on observe une réalité très différente : lorsqu'ils ont un partenaire stable, les ouvriers cohabitent beaucoup plus fréquemment et sont plus souvent fidèles que les cadres. Ainsi, une fois en couple, les ouvriers homosexuels reproduisent plus fréquemment que les cadres homosexuels le modèle traditionnel du couple hétérosexuel cohabitant et fidèle. A l'opposé, on constate qu’en population homosexuelle comme en population hétérosexuelle, ce sont dans les milieux urbains socialement favorisés que se sont développées des formes conjugales conférant aux partenaires la plus grande autonomie sociale et sexuelle. On comprend donc que l'orientation sexuelle n'explique pas tout : en population gay comme en population hétérosexuelle, les types de couples et les normes conjugales varient très fortement selon les milieux sociaux.



On a également pu observer d'importantes différences entre les couples gays et les couples lesbiens. Dans l'enquête 1997, les lesbiennes déclarent plus souvent que les gays avoir une relations stable (67%, contre 52%). Lorsqu'elles sont engagées dans une relation stable, les lesbiennes vivent beaucoup plus souvent en couple fidèle que les gays (83%, contre 42%). Elles cohabitent également plus fréquemment que les homosexuels masculins (80%, contre 60%). On retrouve donc en population homosexuelle certaines des caractéristiques observées dans la population générale, à savoir que les femmes ont beaucoup plus souvent que les hommes ce que le sociologue français Michel Bozon a appelé une "conception conjugale de la sexualité".



3. Congruences et décalages entre la loi sur le PACS et les attentes de la population homosexuelle



Pour finir, je présenterai quelques données permettant d’approcher la proportion et les caractéristiques des gays et des lesbiennes en couple qui souhaiteraient bénéficier d'un PACS.



Du fait d'un mode de vie plus fréquemment organisé autour du couple fidèle et cohabitant, les femmes sont plus fréquemment que les hommes personnellement intéressées par les projets de contrat ou de pacte d'union entre partenaires homosexuel(le)s. En effet, en 1997, 86% des lesbiennes et 73% des gays ayant une relation stable souhaitaient pouvoir bénéficier d’un pacte d’union civile et sociale avec leur partenaire stable.



Le fait de vouloir bénéficier d’un PACS n'est lié ni au lieu de résidence, ni à la profession, ni à la pratique religieuse. On a simplement noté que les moins de 25 ans déclaraient moins souvent que leurs aînés vouloir bénéficier d'un PACS (64%, contre 75%). Les opinions politiques interviennent également : les homosexuels affiliés aux partis politiques de gauche ou à l’écologique (c’est-à-dire aux partis qui en France ont soutenu le projet de loi du PACS) souhaitent se "pacser" un peu plus souvent que les autres répondants (76%, contre 71%).



Les facteurs socio-démographiques ne constituent cependant pas les variables explicatives principales. En analyse multivariée, ils disparaissent au profit de variables liées à la nature du couple. Parmi les répondants ayant un partenaire stable, le fait de vouloir se "pacser" avec lui est d'autant plus fréquent que la durée du couple est importante, que les deux partenaires sont faiblement engagés dans la drague, que le partenaire du répondant est invité par ses parents et enfin que les deux partenaires cohabitent. La cohabitation constitue le principal facteur associé à la volonté de conclure un PACS : toute chose étant égale par ailleurs, les couples qui cohabitent ont cinq fois plus que chance de vouloir se pacser que les couples non cohabitant.



En population homosexuelle, il n’y a cependant pas d'équivalence aussi parfaite qu'en population hétérosexuelle entre le fait de cohabiter et le fait de vouloir bénéficier d'un PACS. Non seulement tous les couples qui cohabitent ne souhaitent pas se "pacser" mais, parmi les hommes qui souhaiteraient bénéficier d’un PACS avec leur partenaire, seuls 73% cohabitent avec lui. Des études complémentaires seraient nécessaires pour mieux comprendre ce phénomène. On peut cependant formuler l'hypothèse selon laquelle ce phénomène exprime l'une des spécificités des modes de vie gays que la loi n’a pas envisagé à savoir qu’il existe dans cette population des relations stabilisés avec un lien social fort qui ne passent pas forcément par la cohabitation. Ce phénomène s’observe plus spécifiquement dans certains milieux sociaux comme celui des callses supérieures. En effet, les cadres souhaitent se “pacser” presque aussi souvent que les ouvriers alors même que les couples de cadres sont moins souvent fidèles et cohabitants. Certains cadres considèrent donc que leur union est forte même si elle ne reproduit pas le modèle du couple hétérosexuel traditionnel.



Conclusion



Dans cette présentation, j'ai d'abord voulu montrer comment l'expérience de l'homosexualité s'était modifée au cours des vingt dernières années. L'idéal du bonheur conjugal est aujourd'hui partagé par la plupart des gays et des lesbiennes et c'est la protection de ce bonheur domestique qui est au centre du projet de loi sur le PACS. A partir des données présentées, on perçoit parfaitement l'intérêt qu'aura l'application de cette loi pour la population homosexuelle. Du fait d'un rapprochement entre les modes de vie homo et hétérosexuel, il existe aujourd’hui un nombre non négligeable d’individus homosexuels qui se sont engagés dans un projet de vie commun et qui répondent aux critères pour pouvoir effectivement bénéficier d'un contrat d'union. Sur les 158 femmes ayant répondu à l’enquête, 77 (soit 49%) cohabitaient et souhaitaient pouvoir conclure un PACS avec leur partenaire. Sur les 3311 gays de l’enquête, 919 (soit 28% du total) cohabitaient avec un partenaire stable et souhaitaient pouvoir bénéficier d’un PACS avec lui.

Bien qu'elles ne soient pas toujours clairement perçues, les retombées indirectes de la loi sur le PACS sont également importantes dans la mesure où elles concernent d'autres segments de la population gay et notamment les moins privilégiés. En effet, même si le couple est devenu un idéal pour la plupart des homosexuels, il existe encore des écarts énormes entre milieux sociaux dans la possibilité d’avoir un partenaire stable. Au niveau normatif, la banalisant de l'homosexualité et du couple homosexuel induite par l'application de la loi sur le PACS, confortera la situation des hommes et des femmes qui, aujourd'hui encore, en sont réduits à vivre leur homosexualité dans l'isolement et le secret. Avant même qu'elles puissent, un jour peut-être, protéger leurs unions, la loi sur le PACS aura donc comme effet indirect de donner à ces personnes le sentiment d'avoir elles aussi droit au bonheur conjugal et dès lors les incitera à s’engager dans des relations stables.

Pour finir, signalons que si la loi française sur le PACS exprime déjà en soi une profonde évolution dans le niveau de tolérance de la population vis-à-vis de l'homosexualité, cette va encore changer les attentes de la société à l'égard de l'homosexualité. Pour les gays et les lesbiennes, le contrôle social ne disparaîtra sans doute pas mais il va très certainement se déplacer et se renouveler dans ses formes. A l'avenir, ce ne sera plus tant le fait d’être ou pas homosexuel qui pourra faire l’objet de stigmatisation mais les formes particulières que revêt l’expérience de l’homosexualité.


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