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La réputation du tango comme une
danse virile, dominée par les machos, est écornée à Buenos Aires
depuis l'ouverture du premier salon de danse destiné aux
homosexuels.
Dans le vieux quartier de Palermo, en plein coeur de la capitale
argentine, un groupe de professeurs a créé le salon "La Marshall"
pour ceux qui "n'osent pas danser dans une milonga (lieu où est
dansé le tango) traditionnelle".
"Je ne crois pas que la danse entre hommes dans une milonga soit
interdite, mais je suppose que ça ne serait pas bien vu", estime
l'un des professeurs, Edgardo Gargano, 26 ans.
Le lieu est ouvert à tous "mais on précise qu'ici il y a des
gays".
"Dans la milonga traditionnelle, l'homme dirige. Ici, quand on
t'invite, tu te mets d'accord pour savoir qui va diriger", explique
pour sa part Augusto Balizano, 33 ans, autre professeur de "La
Marshall", où le mercredi des cours précèdent le bal.
Héritier d'une tradition familiale, Edgardo Gargano affiche son
hétérosexualité et reconnaît avoir eu quelques appréhensions.
"Au début, je me demandais ce que je ferais si j'étais abordé
par un homme", raconte-t-il, ajoutant cependant qu'"aucun élève n'a
essayé de me séduire".
"Ils font quelques plaisanteries, mais ils sont très
respectueux, ils savent qui est qui. Avec le temps, j'ai commencé à
sentir certaines choses. On ressent également des choses en dansant
avec des hommes, parfois même plus fort qu'avec une femme. Pour moi
il ne s'agit pas d'excitation sexuelle, tu peux aussi danser avec
quelqu'un qui ne te plaît pas", poursuit le professeur.
Dans ses paroles, le tango a exalté le mâle malheureux après
avoir été abandonné par une femme, les seules à trouver grâce étant
les mères de ces pauvres hères. Dans la danse elle-même, l'homme
domine sa partenaire qui doit se laisser guider. Ce qui a forgé
cette réputation du tango aux accents machistes.
"Parce que le tango est viril, le tango est fort, il a l'odeur
de la vie, il a le goût de la mort", chantait l'Uruguayen Julio Sosa
dans une version personnelle de La Cumparsita, un classique du tango
du Rio de la Plata.
Pourtant, selon les historiens, à l'origine le tango a été une
affaire d'hommes et "La Marshall" ne ferait donc que renouer avec
les racines de la danse.
Dans les bas fonds de Buenos Aires, les "compadritos", ces
personnages typiques aux cheveux gominés et aux costumes noirs
croisés et foulards blancs, dansaient entre eux, presque sans se
toucher, pour impressionner les filles.
Pour Mario Orlando, un assidu de "La Marshall", le tango gay se
distingue par une plus grande retenue.
"Dans les autres lieux, les filles sont plus culottés. (Ici) les
types peuvent s'embrasser mais ça ne va pas plus loin, ils sont
beaucoup plus respectueux que dans les milongas traditionnelles",
affirme-t-il.
Pour M. Gargano, cela explique que le tango gay est plus libéré
et moins équivoque.
"Quand on danse avec une femme, il y a plus de désir. Ici il est
évident qu'on danse pour danser, qu'il n'y a aucune raison pour
qu'il y ait des intentions cachées", affirme-t-il.
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